Comment un numéro de téléphone volé alimente le démarchage pendant des années
Un numéro de téléphone volé lors d'une violation de données ne disparaît pas. Il circule, se revend, s'agrège à d'autres bases. Enquête sur l'économie souterraine du démarchage illicite.
Par Camille Dupont (Journaliste d'investigation) —
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## L'économie des données volées
Il existe un marché florissant pour les données personnelles volées. Ce marché est structuré en plusieurs niveaux : la fuite initiale (où les données sont volées et souvent publiées gratuitement pour faire la preuve de l'attaque), la revente primaire (où des bases complètes sont vendues à des acteurs criminels), la revente secondaire (où les bases sont découpées, croisées avec d'autres sources et revendues en lots ciblés), et enfin l'utilisation finale (démarchage, phishing, fraude).
Un numéro de téléphone ne vaut pas grand-chose seul. Croisé avec un nom, une adresse et un contexte de souscription à un service financier, il vaut beaucoup plus.
## La durée de vie d'un numéro volé
Contrairement à une idée reçue, les données volées ne sont pas utilisées immédiatement puis oubliées. Selon les données disponibles sur les marchés de données illicites, un numéro de téléphone volé lors d'une grande fuite reste exploitable commercialement pendant trois à cinq ans.
Plusieurs facteurs expliquent cette longévité : les numéros changent rarement, ils permettent une vérification directe (le téléphone sonne ou ne sonne pas), et ils sont facilement re-qualifiés par des entreprises de démarchage qui ne questionnent pas toujours l'origine de leurs bases.